L’IA corrige nos textes. Faut-il encore apprendre l’orthographe ?

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Par BOOSTEUR-S · 9 septembre 2026 · 4 min de lecture

Les correcteurs automatiques et l’intelligence artificielle savent désormais corriger un mail en quelques secondes. Pour une personne qui a toujours eu peur de faire des fautes, la tentation est grande : pourquoi se former si un logiciel peut faire le travail ?

Nous nous sommes retrouvés très concrètement face à cette question.

Un commercial souhaitait améliorer son orthographe. Son manager lui a proposé une solution rapide : lui installer un logiciel de correction.

Le commercial a refusé.

Il voulait apprendre.

Un logiciel pouvait corriger ses mails. Lui voulait comprendre.

Sa réaction nous avait marqués.

Pour son manager, le problème était pratique : il fallait que les écrits professionnels soient corrects. Un logiciel pouvait répondre à ce besoin.

Pour le commercial, l’histoire était différente. Il traînait cette difficulté depuis longtemps et voulait enfin s’en occuper lui-même.

C’est une réalité que nous rencontrons chez certains adultes. L’orthographe n’est pas uniquement un problème de mails à corriger. Elle peut rappeler l’école, les mauvaises notes, la peur d’écrire devant quelqu’un ou les stratégies mises en place pendant des années pour éviter que les autres voient les fautes.

Dans ce cas, le correcteur soulage. Il ne répond pas forcément au besoin de la personne qui se dit : « J’aimerais enfin comprendre comment ça marche. »

Et c’est là que l’arrivée de l’IA pose une question intéressante.

Quand nous lui confions une phrase, que lui confions-nous exactement ?

La bonne réponse arrive. Mais qui a raisonné ?

Écrire correctement demande autre chose que la mémorisation de règles.

Il faut repérer une difficulté dans la phrase, chercher le bon indice, comprendre les liens entre les mots et prendre une décision.

Si l’IA réalise systématiquement ces opérations, nous obtenons la bonne réponse sans avoir forcément raisonné nous-mêmes.

Les chercheurs utilisent l’expression délégation cognitive pour décrire le fait de confier une partie d’une tâche mentale à un outil extérieur. Ce fonctionnement existe depuis longtemps : nous utilisons un agenda pour ne pas mémoriser un rendez-vous ou une calculatrice pour éviter un calcul. L’outil nous rend service.

Avec l’IA, la question se déplace : quelle partie du travail voulons-nous garder ?

Une étude publiée dans PNAS en 2025 l’a montré dans un autre domaine, les mathématiques. Des lycéens équipés de GPT-4 obtenaient de meilleurs résultats lorsqu’ils avaient accès à l’outil. Une fois celui-ci retiré, leurs performances pouvaient baisser lorsque l’IA leur avait fourni trop directement les réponses.

Une version conçue pour guider davantage leur raisonnement réduisait cet effet.

Nous n’allons évidemment pas transformer une étude de mathématiques en démonstration sur l’orthographe. Elle rappelle simplement une distinction utile : recevoir une réponse et apprendre à la trouver sont deux choses différentes.

Et puis il reste une foule de moments où personne ne sortira une IA pour vérifier trois mots : une annotation manuscrite, quelques lignes écrites devant quelqu’un, un tableau, un formulaire ou une réponse envoyée à la volée.

À cet instant, nos automatismes reprennent la main.

« La mort de l’homme que j’ai tant désiré(e) »

Il existe aussi des phrases où le correcteur rencontre une autre limite.

Nous avons lu sur Internet un exemple qui circule depuis plusieurs années. Nous n’en avons pas retrouvé l’auteur d’origine et ne voulons donc pas nous l’attribuer :

« La mort de l’homme que j’ai tant désiré(e). »

Faut-il écrire désiré ou désirée ?

Les deux réponses peuvent être justes.

Avec désiré, c’est l’homme que l’auteur a désiré.

Avec désirée, c’est sa mort qu’il a désirée.

Une seule lettre et le sens change.

Une IA peut parfaitement repérer l’ambiguïté, expliquer les deux accords et demander davantage de contexte. Elle ne peut cependant pas deviner avec certitude ce que l’auteur avait en tête s’il ne le lui dit pas. Cet exemple circule d’ailleurs depuis plusieurs années dans les discussions sur l’accord du participe passé.

La grammaire retrouve ici sa vraie fonction : elle aide à construire du sens.

Le correcteur peut nous accompagner dans cette décision. Encore faut-il que nous sachions ce que nous voulons dire et que nous soyons capables de comprendre ce qu’il nous propose.

Le salarié qui utilise l’IA est peut-être aussi le parent qui devra l’expliquer

Revenons à notre commercial.

Dans l’entreprise, son manager pouvait penser : « Installons-lui un logiciel et le problème sera réglé. »

Mais un salarié ne reste pas salarié toute la journée.

Il rentre chez lui. Il est peut-être père ou mère. Et son enfant peut très bien lui demander un soir :

« Pourquoi je dois apprendre l’orthographe puisque l’IA corrigera tout quand je serai grand ? »

Que répond-on ?

La question devient moins évidente.

Si nous cessons nous-mêmes d’apprendre une compétence dès qu’un outil sait l’exécuter, il devient difficile d’expliquer aux plus jeunes pourquoi ils devraient continuer à l’acquérir.

Cela ne signifie pas qu’il faudrait protéger les enfants de l’IA. Ils vivront avec elle. Ils devront probablement apprendre à très bien s’en servir.

Mais justement : mieux vaut savoir raisonner avant de décider ce que l’on délègue.

C’est également la raison pour laquelle nous continuons à former des adultes avec DEFI9, l’orthographe autrement. Nous ne cherchons pas à leur faire apprendre toujours plus de règles. Nous travaillons des mécanismes qu’ils peuvent comprendre, retrouver et appliquer lorsqu’ils écrivent.

Lorsque cette logique devient plus claire, l’IA change de place.

Elle peut corriger, reformuler, vérifier un texte ou faire gagner du temps. Mais elle n’est plus là uniquement pour cacher une difficulté dont on a peur.

Notre commercial voulait apprendre.

Aujourd’hui, cette volonté nous paraît presque encore plus intéressante qu’au moment où nous l’avons rencontré.

Car savoir écrire donne une liberté supplémentaire : utiliser l’IA parce qu’on le choisit, et non parce qu’on ne peut plus faire sans elle.