Pourquoi connaître une règle d’orthographe ne suffit-il pas pour l’appliquer en situation ?

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Par BOOSTEUR-S · 7 min de lecture

« Pourtant, il connaît la règle. »

Nous entendons souvent cette phrase. Un enfant vient de revoir une règle. Il sait l’expliquer, réussit les exercices, puis écrit quelques lignes et refait la faute.

Pour le parent, c’est déroutant : « Mais tu le sais ! »

Oui, il le sait.

Seulement, connaître une règle et savoir l’utiliser au moment où elle devient nécessaire sont deux compétences différentes. Au moment d’écrire, personne ne lui indique quelle règle chercher. Il doit repérer la difficulté, identifier le problème, retrouver la bonne connaissance et prendre une décision. Le tout en quelques secondes, pendant qu’il pense aussi à ce qu’il veut écrire.

Connaître cent règles… et trouver la bonne

Imaginons un apprenant qui connaît cent règles d’orthographe. Dans une phrase donnée, il n’en aura peut-être besoin que d’une.

Laquelle ?

C’est souvent là que se trouve la difficulté.

Maîtriser l’orthographe ne consiste donc pas uniquement à accumuler des règles. Il faut savoir reconnaître la situation qui appelle l’une d’elles.

Maîtriser l’orthographe, ce n’est pas connaître cent règles. C’est savoir laquelle activer, au bon moment, parmi les cent que l’on connaît.

Or les exercices traditionnels simplifient souvent cette étape.

Prenons une fiche intitulée « Accord du participe passé avec avoir ». Avant même de lire la première phrase, l’apprenant sait ce qu’il doit chercher. Quelqu’un a déjà identifié le problème à sa place.

Ces exercices sont utiles. La répétition aide à installer un mécanisme et à gagner en rapidité.

Mais ils ne suffisent pas.

Nous parlons parfois du « tunnel d’exercices ». Tant que l’apprenant reste dedans, la direction est indiquée. Toutes les phrases sollicitent à peu près la même connaissance. Puis il écrit un texte et, soudain, les panneaux disparaissent.

Plusieurs difficultés se mélangent. Cette fois, il doit décider seul où regarder.

Voilà pourquoi un élève peut réussir dix phrases sur une règle et ne pas l’utiliser quelques minutes plus tard dans une rédaction. Le travail demandé n’est tout simplement plus le même.

Une veste, un « e » et une seconde de doute

Prenons cette phrase :

« La veste que j’ai achetée. »

Imaginons un garçon qui connaît la règle. Dans un exercice consacré au participe passé avec avoir, il saurait l’appliquer.

Puis, dans un texte, il écrit :

« La veste que j’ai acheté. »

Que s’est-il passé ?

La règle lui revient. Il sait qu’un « e » pourrait être nécessaire.

Mais une autre pensée surgit :

« C’est moi qui ai acheté la veste. Je suis un garçon. Pourquoi je mettrais un e ? »

Pendant une seconde, deux logiques s’affrontent.

La règle apprise lui dit « achetée ». Sa perception immédiate lui dit qu’un garçon ne devrait pas mettre une marque du féminin.

Il tranche.

Et sa logique spontanée gagne.

Ce cas est très différent de celui d’un élève qui ne connaît pas la règle. Si nous lui demandons de la réciter quelques instants plus tard, il peut parfaitement répondre juste.

Ce qui nous intéresse est donc ailleurs :

« Tu savais qu’il pouvait y avoir un e. Pourquoi as-tu finalement décidé de ne pas le mettre ? »

Cette question nous donne accès à ce qui s’est réellement passé.

Juste ou faux : le résultat ne raconte pas tout

Nous regardons souvent une réponse de manière binaire : juste ou fausse.

Pour corriger, c’est nécessaire. Pour enseigner, c’est insuffisant.

Une réponse fausse peut venir d’un raisonnement cohérent pour celui qui l’a produite. Notre garçon n’a pas choisi « acheté » au hasard.

Et l’inverse existe aussi : un élève peut donner la bonne réponse en utilisant un mauvais repère. Celui-ci fonctionne par hasard dans cette phrase, puis provoquera une erreur dans la suivante.

La bonne question devient alors :

« Pourquoi as-tu choisi cette réponse ? »

Elle vaut après une erreur comme après une réussite.

Deux apprenants peuvent produire exactement la même faute pour trois raisons très différentes. L’un ignore la règle. Un autre la connaît mais n’a pas repéré la situation. Un troisième l’a activée puis l’a abandonnée parce qu’une autre logique lui a paru plus convaincante.

Même résultat. Pas le même besoin pédagogique.

C’est pourquoi nous prenons le temps d’écouter le raisonnement avant de corriger.

Parfois, un seul « pourquoi ? » nous apprend davantage qu’une page d’exercices.

Entrer quelques secondes dans la « boîte noire »

Le formateur voit le mot écrit et connaît la bonne réponse.

Entre les deux se trouve pourtant ce que nous appelons volontiers la « boîte noire » : ces quelques secondes pendant lesquelles l’apprenant repère, cherche, hésite et décide.

C’est là que l’enseignement devient intéressant.

Une nouvelle explication n’aidera pas beaucoup notre garçon si elle se contente de lui répéter une règle qu’il connaît déjà. Il faut répondre à son objection : pourquoi ce « e » est-il logique alors que celui qui achète est un garçon ?

Nous cherchons alors un autre chemin de raisonnement, assez simple pour être retrouvé seul et assez cohérent pour résister au doute.

Le moment décisif ressemble souvent à ceci :

« Ah oui… je comprends pourquoi. »

À partir de là, on peut entraîner ce nouveau raisonnement.

Répéter, puis enlever les panneaux

Les exercices gardent donc toute leur place, mais leur rôle doit évoluer.

Au début, on isole une difficulté. L’apprenant sait exactement ce qu’il travaille.

Ensuite, on mélange les situations. Il doit commencer à choisir.

Enfin, on replace la règle dans une vraie situation d’écriture, sans annoncer sa présence.

Cette fois, il doit tout faire lui-même : reconnaître le problème, trouver la bonne règle et l’utiliser.

C’est là que l’on voit si la connaissance est réellement devenue disponible.

Connaître une règle est nécessaire.

Savoir reconnaître le moment précis où elle devient utile, voilà ce qui transforme cette connaissance en compétence.